Le développement de l’intelligence artificielle soulève une question décisive : comment garantir que des outils toujours plus puissants restent au service des personnes ? Cette interrogation était au cœur de la rencontre organisée le 30 octobre à la Casina Pio IV par l’Académie pontificale pour la vie et le Future of Life Institute.

Les échanges ont réuni des représentants du Saint-Siège et des experts internationaux. Le cardinal Michael Czerny, président de la Commission du Vatican sur l’IA, a souligné la nécessité de traduire la réflexion éthique en politiques et en actions concrètes. Mgr Renzo Pegoraro a rappelé l’importance de veiller à ce que la responsabilité humaine reste clairement identifiable, tandis que sœur Helen Alford a souligné que la justice sociale doit orienter la conception technologique dès le départ.

Stuart Russell et Max Tegmark ont soulevé la question de la perte de contrôle sur des systèmes aux capacités croissantes. Le père Paolo Benanti a insisté sur la nécessité de règles contraignantes et de contrôles effectifs, mettant en garde contre les appels à l’éthique sans conséquences pratiques. Valérie Pisano a rappelé les possibilités qu’offre l’IA pour la recherche et l’action climatique, tout en invitant à cultiver la créativité, les émotions et les relations humaines.

Le même matin, Léon XIV a reçu une vingtaine de participants au colloque. Le pape a observé que l’avenir de l’IA dépend des choix humains : il faut pouvoir orienter ses applications, les modifier et, si nécessaire, les refuser. La rapidité du développement ne peut devenir le seul critère d’évaluation ; la fiabilité et la capacité à en maîtriser les conséquences doivent guider la recherche.

Une attention particulière a été portée aux décisions qui touchent à la vie, à la liberté et à l’usage de la force. Le pape a réaffirmé la nécessité d’une supervision humaine éclairée et responsable, encourageant des avancées concrètes vers l’interdiction des armes létales autonomes.

Léon XIV a également appelé à des institutions internationales efficaces, à des critères communs, à des contrôles indépendants et à des mécanismes permettant d’établir les responsabilités et d’offrir des recours aux personnes qui subissent des préjudices. La répartition des bénéfices constitue elle aussi une question centrale : les soins, les connaissances et les possibilités issus de l’innovation doivent être accessibles de manière équitable, surtout aux personnes les plus vulnérables.

Cette orientation trouve un point de référence dans l’encyclique Magnifica humanitas, publiée le 15 mai 2026. Le document invite à évaluer le progrès technique à la lumière de la maturation sociale et morale qui l’accompagne. L’accroissement des capacités technologiques ne garantit pas, à lui seul, une amélioration de la condition humaine.

L’encyclique souligne également le poids des grandes entreprises qui contrôlent les plateformes, les infrastructures, les données et la puissance de calcul. La concentration de ces ressources peut rendre le pouvoir moins transparent et accentuer les dépendances, les exclusions et les inégalités. La dignité de la personne, la solidarité et le bien commun deviennent ainsi des critères pour évaluer les transformations numériques.

La dimension éducative complète ce tableau. L’école se voit confier la mission de former des personnes capables d’utiliser les nouvelles technologies avec esprit critique et créativité. Cela exige également une formation continue des enseignants, afin qu’ils puissent accompagner les élèves dans la compréhension de ces outils et de leurs implications. Gouverner l’innovation signifie donc investir dans les capacités des personnes autant que dans les performances des machines.